Nous sommes allés mettre en place la prochaine collection hiver 2009/10 avec nos partenaires Népalais.
Depuis l’arrivée au pouvoir des Maoïstes, on ne peut pas dire que les choses aient beaucoup évoluées. Tout le monde se sent des velléités libertaires, et dans une joyeuse cacophonie chacun prétend exiger des changements.
Le gouvernement n’a lui-même qu’un pouvoir très limité, car des syndicats « d’union Maoïste » se créent dans tous les corps de métiers, et décident des actions à mener malgré l’interdiction ou la modération que l’état tente d’imposer. En général, ils exigent de fortes augmentations de salaires, le paiement de l’école de leurs enfants, le paiement des soins médicaux. Tout ceci est tout à fait normal, sauf que c’est au niveau institutionnel que cela devrait s’organiser. Dans le cas présent, cela procède bien souvent par de l’intimidation et des menaces voilées. L’absence de lois fait que le plus fort prend le dessus….. Et les patrons sont parfois obligés de donner des avantages sans avoir de contreparties, ni de solutions pour les intégrer dans leurs frais et marges.
Dans ce contexte, à l’automne, nos partenaires ont dû faire face à une fronde de l’ensemble des tailleurs, qui ont fait appel à « l’union maoïste de la confection » et ont déstabilisé l’équipe. Ils ont alors arrêté de travailler, et sont partis. Mais les responsables des syndicats ont continué à les harceler et ils ont dû déménager à l’autre bout de la ville pour leur échapper. C’est d’ailleurs pour cela que nous avons subit l’hiver dernier des retards de production. Recruter, déménager, ceci durant des périodes de fêtes religieuses a pris énormément de temps au Népal.
Nous étions donc impatients de découvrir le nouvel atelier, et de mieux comprendre les raisons qui les avaient poussés à déménager. Niveau espace, et organisation tout est plus pratique et plus facile que dans le précédent. Il y a une maison, et un bâtiment rectangulaire de plein pied juste en face, construit selon leurs besoins. Dans la maison se trouve le bureau. Les pièces de stockage des tissus sont à l’étage. Le fil de coton bio est stocké en bas et les finitions et contrôle qualité sont également faits en bas.
Dans le bâtiment en face, une grande pièce sert de salle de coupe, et les 4 pièces contigües sont réservées aux machines à coudre. L’espace permet au maximum de faire travailler 40 tailleurs.
Ils sont 25 actuellement.
Les logements des tailleurs, ainsi que des douches et toilettes sont installées à l’arrière du bâtiment.
Ils ont dû investir dans un groupe électrogène de 25 kW/h afin de pouvoir fournir de l’électricité en quantité suffisante pour l’ensemble des machines.
Nous avons pu constater qu’il y a eu tous les jours 16h de coupures d’électricité, dans toutes les zones électrifiées. Aucune entreprise ou industrie ne peut fonctionner au Népal sans avoir sa propre source d’énergie.
Nous avons pour notre part imposé aux tailleurs l’utilisation de guides magnétiques afin de faire respecter au mieux les valeurs de couture. Le but est d’améliorer la qualité du travail et de satisfaire au mieux aux demandes de rigueur indispensable dans la profession.
La collaboration entre Adrien le styliste modéliste et Lava et Kumar les responsables de la production a été vraiment enrichissante, constructive, nous avons pu mesurer combien ils sont motivés, compétents, intelligents.
Ils ont parfaitement intégré les standards internationaux de production et veulent ardemment les promouvoir au sein de leur unité. La grosse difficulté vient des tailleurs. Ceux-ci viennent de la frontière Indo-népalaise, et ne restent jamais très longtemps, au minimum un mois, rarement plus de six. Il est des plus compliqué de les astreindre à une façon de travailler structurée, suivre des règles. Personne ne leur a jamais appris à le faire, par conséquent il faut constamment être vigilant et répéter les consignes. Si l’un d’eux veut partir, il n’est pas envisageable de le retenir, le lendemain sans autre préavis, il faut le payer et le laisser quitter l’entreprise.
En journée, il est rare que tous travaillent en même temps, mais certains effectuent leurs heures plus tard, en soirée, ou tôt le matin, puisqu’ils peuvent avoir accès à leur machine quand ils veulent.
De la part de l’équipe salariée, il y a plus de rigueur. Ils prennent leur taches à cœur, il y a tout de même de l’absentéisme..
Toute la mise en place de la collection hiver a été un succès.
Nous avons renouvelé 90% de la gamme ( nous ne vous en disons pas plus pour le moment….)
Au Népal, les prix de base ont augmenté de 100% ces 6 derniers mois, et l’économie est en difficulté suite aux problèmes des syndicats.
Dans le secteur de la confection 98% des ateliers qui travaillaient à l’export ont fermé, suite aux problèmes liés à la mouvance maoïste.
Beaucoup nous témoignent de grandes difficultés à vivre dignement.
En revanche, la plupart des gens sont gais, malgré les difficultés et la précarité de beaucoup de népalais, la vie se manifeste partout, des couleurs et des odeurs, des gens qui travaillent et fourmillent, des enfants en uniformes allant ou rentrant de l’école, la présence palpable de la religion, le Népal reste un lieu magique et touchant. Dans la campagne, chaque parcelle, chaque chemin est habité, emprunté, on ressent une qualité de vie authentique, la vie simple au rythme de la terre. Même à Katmandu malgré la pollution et le trafic routier, les gens restent courtois, tranquilles…. tout un art de vivre !
A chaque voyage, nous faisons l’expérience de voir combien ils peuvent nous apprendre, et également combien nous pouvons leur apporter. Nous pouvons être tous fiers de l’excellence relationnelle qui règne entre nous tous.
Nous avons également eu des discussions avec Mr Janak, (le responsable export de chez Speedway cargo), notre agent au Népal (1700 clients, dont 60% sont français grossistes pour la plupart). Nous voulions en savoir plus sur ce qu’il en est des pratiques équitables au Népal. Speeedway Cargo va dans tous les ateliers pour enlever les marchandises à exporter, et par conséquents ils connaissent les conditions dans lesquelles les gens travaillent.
Depuis plusieurs mois en France nous avions entendu que de nombreuses marques prétendaient faire du commerce équitable au Népal. Mr Janak nous a confirmé que personne dans la confection au Népal ne fait quoi que ce soit d’équitable. La plupart des responsables des entreprises ne savent rien de ce qui se passe dans les ateliers ; Il nous a confirmé que notre façon de travailler était unique au Népal. Le milieu de la confection est assez petit, tout le monde se connaît. Nos partenaires nous ont également confirmé ces propos.
Je suis ensuite allé en Inde (Gregoire, gérant d’Azimuts), pour suivre l’évolution de la filière des noix de lavage. J’ai été impressionné par le nombre de femmes employées : 45. Elles sont toutes dans des situations sociales difficiles, souvent très pauvres, et cet emploi est une aubaine pour elles.
Elles portent toutes l’uniforme. Elles arrivaient le matin en discutant joyeusement, et avaient l’air content de venir travailler. Elles sont toutes salariées, et peuvent être autonomes et plus à l’aise dans leur vie. La majeure partie d’entre elles casse et trie les noix, tandis qu’une douzaine réalisent les sacs d’emballage et pochettes de lavage. A coté, 5 hommes s’occupent de l’ensachage, du pesage, et de la manutention des noix. Tous ont des contrats de travail, et des rémunérations supérieures aux minimas en vigueur.
Grégoire Delamerie, le 10 Février 2009.